L’ascension inexorable du sauvignon blanc sur le marché mondial

L’ascension inexorable du sauvignon blanc sur le marché mondial

 

L’ascension inexorable du sauvignon blanc sur le marché mondial

Poids lourd international, vin de prédilection, profil le plus porteur… Les qualificatifs ne manquent pas pour expliquer la montée fulgurante du sauvignon blanc ces dernières années. Un cépage qui brille autant par ses ventes que par l’affection que lui portent ses consommateurs. Mais d’où vient cette dynamique et va-t-elle durer ? Quelles sont les raisons pour lesquelles il vole de succès en succès, et que lui réserve l’avenir ? Sharon Nagel apporte quelques réponses.

La Nouvelle-Zélande donne une forte impulsion au marché américain

Certes, pour la commercialisation du vin, 2020 n’a pas été une année comme les autres. De nombreux consommateurs ont inévitablement troqué les sorties au restaurant contre leur domicile, certains ont réduit leur consommation globale de vin tandis que d’autres l’ont augmentée. Mais les analystes s’accordent à dire que lors de toute crise, les tendances existantes ne font que s’accélérer et se renforcer. Les données chiffrées et les avis des experts confirment que la vogue du sauvignon l’année dernière est tout sauf un feu de paille. Les États-Unis se positionnent en tête de ce mouvement. Le sauvignon blanc y gagnait déjà beaucoup de terrain avant la pandémie et il a continué sur sa lancée.

« Depuis deux ou trois ans, le sauvignon blanc est en plein essor aux États-Unis », confirme Jonas De Maere, responsable du programme vin chez Ahold Delhaize USA. « Il représente aujourd’hui environ 15 % de nos ventes de vin blanc et se positionne au troisième rang des vins de cépage les plus vendus, après le chardonnay (35 % des ventes) et le pinot grigio (25 % des ventes). Alors que ces deux derniers stagnent, le sauvignon blanc quant à lui a enregistré une augmentation de quelque 17 % au cours des trois dernières années ».
Au-delà des qualités intrinsèques du sauvignon, dont son profil organoleptique flatteur, les efforts déployés par la Nouvelle-Zélande pour accroître sa présence sur le premier marché mondial du vin expliquent en grande partie le succès du sauvignon aux États-Unis. Les marques néo-zélandaises de renom que sont Oyster Bay, Cloudy Bay et Kim Crawford ont fait une percée significative sur un marché qui, il y a peu de temps encore, était largement dominé par les vins américains. « Il y a ne serait-ce que quelques années en arrière, la plupart des sauvignons blancs vendus aux USA provenaient de la Californie. Or, à l’heure actuelle, la part détenue par la Nouvelle-Zélande arrive à égalité, les deux pays s’arrogeant 44 % chacun des ventes de sauvignon blanc, soit au total 88 % », souligne Jonas De Maere.

Les consommateurs les plus curieux recherchent des origines plus exotiques

Il s’est opéré, par conséquent, une mutation en termes de profils :« L’accélération de la présence des vins néo-zélandais s’est accompagnée de l’émergence de styles plus acidulés et fruités qui tirent très bien leur épingle du jeu. Les producteurs américains tentent d’ailleurs d’imiter ce profil plus frais ». Cette transition n’est pas sans rappeler celle des vins rosés. En effet, les consommateurs américains ont eu tendance à s’orienter davantage vers les rosés plus secs et plus légers d’inspiration française au détriment du White Zinfandel, plus lourd et plus doux en bouche. Mais l’un des grands atouts du sauvignon blanc réside justement dans son côté polymorphe, son aptitude à proposer un style convenant à chaque occasion, à s’adapter à de multiples mets, de même qu’à des portefeuilles plus ou moins bien garnis. En réalité, le succès engrangé par le sauvignon néo-zélandais a donné naissance à une nouvelle génération de typologies, proposées par différents pays producteurs désireux de profiter de la popularité du cépage, élargissant ainsi son champ d’action et créant un cercle vertueux.

Ces constats ne s’appliquent pas qu’au marché américain : Walter Stassi, directeur de la division boissons auprès de l’enseigne de distribution italienne PAM, a constaté le même phénomène en Italie. « Le marché du sauvignon dans notre pays se porte très bien. À ce jour, les ventes ont augmenté de 13 %. Les consommateurs connaissent de mieux en mieux le sauvignon, l’appréciant pour son accessibilité, la richesse de ses saveurs et son aptitude à se marier à la fois avec viande et poisson, ce qui lui ouvre tous les champs du possible ». Comme dans tout pays producteur, les consommateurs italiens ont tendance à privilégier les vins locaux, les cuvées issues des régions septentrionales du Haut-Adige et du Frioul étant particulièrement prisées. Mais, à l’instar des consommateurs américains et de leur attirance récente vers l’offre néo-zélandaise, les Italiens élargissent leur « zone de confort », délaissant parfois le sauvignon italien en faveur de cuvées autrichiennes, pour ne citer qu’elles.

Rester pertinent et se réinventer

Tout près de la Nouvelle-Zélande, les consommateurs australiens vouent aussi un culte au sauvignon. La chaîne de cavistes Dan Murphy’s va même jusqu’à le qualifier de « vin blanc sec le plus apprécié d’Australie ». Selon Wine Australia, le sauvignon représente actuellement 1 bouteille de vin sur 8 achetée sur le marché national pour la consommation à domicile, au point d’avoir « éclipsé les autres vins blancs sur le marché domestique depuis de nombreuses années ». Le marché australien illustre également à quel point les profils doivent évoluer pour rester pertinents.

« Le sauvignon blanc néo-zélandais connaissait un succès colossal en Australie il y a quelques années et il reste très apprécié par de nombreux consommateurs. Cependant, il est indéniable que les vins australiens ont gagné du terrain, bon nombre de vignerons cherchant à opérer une transition, délaissant de plus en plus des profils simples et fruités au profit de caractères plus savoureux et complexes. Nous commençons à expérimenter davantage, en employant des techniques comme la macération pelliculaire, les levures indigènes ou le vieillissement en fût de chêne, par exemple », explique Dave Mavor, acheteur auprès de Wine Selectors, structure spécialisée dans la vente directe sur abonnement qui, au cours des quarante dernières années, a fortement développé sa clientèle. Proposant des vins à la caisse, la société observe que le sauvignon blanc reste un incontournable, qu’il s’agisse de sélections variétales, panachées ou personnalisées à la demande du client. Hormis le sauvignon australien, Dave Mavor note également que « les vins européens en général suscitent un grand intérêt… Le Sancerre est sans doute le plus apprécié et on le rencontre souvent sur la carte des vins dans les restaurants. C’est certainement le style de sauvignon privilégié par la plupart des œnologues australiens ! » Même si le consommateur moyen affectionne encore plus particulièrement les profils les plus tendres et fruités, selon Dave Mavor « les styles occidentaux plus herbacés, livrant des saveurs intenses de fruits de la passion et de groseilles à maquereau progressent indubitablement ».

Des typologies simples, gourmandes et rafraîchissantes aux profils plus complexes

L’éventail large de saveurs dont se targue le sauvignon constitue indéniablement l’un de ses plus grands atouts, et préside à son succès mondial. C’est l’une des raisons pour lesquelles, dans un sondage mené en novembre dernier auprès de 4 500 amateurs de vin à travers le Royaume-Uni par la société britannique de vente de vin par abonnement Wine List, le sauvignon blanc a coiffé au poteau tous les autres profils en décrochant le titre de vin préféré acheté en grande surface.

« Qu’il vienne de Nouvelle-Zélande, d’Afrique du Sud ou d’ailleurs, le Royaume-Uni aime ce vin blanc… les critiques l’encensent pour ses saveurs fraîches et ses notes acidulées d’agrumes », résume Wine List.

De son côté, l’éminent Sunday Times Wine Club a qualifié le sauvignon blanc de « probable vin préféré des Britanniques ». Si le sauvignon a réussi à grimper les échelons pour se trouver dans le haut du panier, c’est sans nul doute grâce au savoir-faire à travers le monde de vignerons et d’œnologues qui ont réussi à allier l’expression du terroir aux arômes variétaux. En résulte, une palette de styles qui se décline à l’infini permettant, non seulement de répondre à des préférences gustatives très diverses, mais aussi de multiplier les positionnements prix et d’ouvrir le champ des possibles en matière d’alliances mets et vin et ce, quelle que soit la saison. « Pour moi il ne fait aucun doute que le sauvignon restera très en vogue en Australie, grâce à son accessibilité, ses qualités gustatives et son côté rafraîchissant, de même que ses saveurs facilement reconnaissables par la plupart des consommateurs », prédit Dave Mavor. « Parallèlement à la tendance générale à boire moins mais mieux, je soupçonne que beaucoup d’entre eux vont évoluer vers des styles plus complexes et plus savoureux, impliquant ou non l’utilisation de bois ». Son avis est partagé par Jonas De Maere chez Ahold Delhaize USA : « Je pense que sauvignon blanc va continuer à se développer au cours des années à venir, car il a encore une marge de progression. Le consommateur semble se détourner de vins doux et surboisés. Je me demande si la réussite générale du sauvignon ne pourrait pas créer des opportunités pour des profils classiques comme le Sancerre et le Pouilly Fumé. Il est encore trop tôt pour le dire, mais en tout cas, je l’espère ! »






La fermeture des inscriptions au Concours Mondial du Sauvignon est fixée au 12 février

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